The Staggering Sword : La Renaissance

Le retour de l'épée élémentale de la foudre !
 
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 La Cité des Peurs

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MessageSujet: La Cité des Peurs   Lun 22 Juin - 1:13

Voici le premier acte de ma nouvelle pièce, qui, je l'espère, aura de quoi vous réjouir car vous pouvez la lire en exclusivité.Smile


La Cité des peurs


Streets of Rage


Théâtre-fiction en cinq actes











PERSONNAGES





FATOUMATA LAGASA, ministre
de la Surveillance et la Sécurité



KURUMI RESUBIAN, cheftaine
de cabinet de la ministre



AXEL STONE, jeune
politique, directeur de cabinet de la ministre



VLADIMIR BOBINOVITCH,
policier



BLAZE AMAL, policière


LEI, journaliste


VÉNALE, porte-parole du
syndicat patronal



GEORGES RESTLESS, président
de la Cité



TIM, caméraman, personnage
muet



La foule des journalistes





LI MINOSE, chef de file du
FLB, père de Kurumi



TAMOURA, maîtresse de
Minose



GALSIA, membre du FLB


RHAMAD AMAL, mari de
Blaze, banlieusard



MAYA AMAL, 9 ans, fille de
Rhamad et de Blaze



DONOVAN, ami de Rhamad


HERMINE, chef des rebelles


ADAM HUNTER, rebelle











La scène se situe dans la Cité et dans sa banlieue.








ACTE PREMIER


La cité sous
contrôle






Scène 1


Le cabinet de
la ministre






La lumière se fait sur scène, entrent Fatoumata et
Vénale.



VÉNALE. Ils quitteront la
Cité !


FATOUMATA. Je sais que vous
êtes une ardente syndicaliste, madame Vénale, et je vous sais gré de défendre
les intérêts des grandes entreprises qui en ont bien besoin. Pouvez-vous à
présent vous asseoir ?


VÉNALE. Je ne saurai
m’asseoir, et encore moins me coucher !


FATOUMATA. Ce serait
contrevenir à la loi que de vous le demander. Notre plaisir mutuel ne résidera
que dans les mots, si vous le voulez bien.



VÉNALE. Le moyen de prendre
plaisir à parler avec vous ! Et l’austérité à laquelle vous voulez nous
soumettre détruit l’idée même de plaisir, quand j’apprends que vous voulez
nationaliser, je dis bien nationaliser, la plus haute valeur qu’il y ait
actuellement sur le marché, la plus chère et la plus cotée !


FATOUMATA. Les citoyens ont
aujourd’hui compris que leur intérêt ne pouvait se passer du Mur qui les sépare.
Notre Cité est en guerre contre les réseaux qui confisquent tous les jours
leurs biens et qui les ruinent à force d’avarice et de folie. La cupidité de
quelques-uns fait la pauvreté de tous les autres et il est de notre devoir, à
vous comme à moi, d’y mettre un terme.


VÉNALE. Assez de mots, assez
de démarches politiciennes. Que voulez-vous ? De l’argent ? J’en ai
assez pour recouvrir la surface nue du Kilimandjaro et absorber toute la montée
des mers !


FATOUMATA. Bientôt, votre
pauvre argent ne suffira plus pour acheter une seule parcelle du Mur. Jetez un
coup d’œil sur le cours du pan de Mur séparant la Cité et la Banlieue :
vous y verrez un chiffre qui, ma foi, vous ferait croire qu’il est en or massif
et l’on pourrait bientôt se dire que ces quelques tonnes de pierre n’ont pas de
prix et qu’on peut les exposer dans un musée d’art moderne.


VÉNALE. Je trouve ça ignoble
de votre part parce que vous avez été économiste, vous savez comment
fonctionnent les lois du marché !


FATOUMATA. Vous parlez
d’ignominie…


VÉNALE. Vous savez qu’ils ne
sont pas négociables, que ce sont des lois inflexibles et qu’il ne vous
appartient pas d’intervenir au sein d’une entreprise privée ! Vous dites
que vous allez changer les choses, que vous serez une bonne ministre de la
Sécurité, mais vous ne tiendrez pas quinze jours parce que vous n’êtes qu’une
minable banlieusarde !


FATOUMATA. Très bien. Je ne
crois pas que vous, Laetitia Vénale, puissiez parler d’ignominie.


VÉNALE. Si, je le peux.
Pourquoi ne le pourrais-je pas ?


FATOUMATA. Parce qu’il y a un
certain nombre d’ignominies que vous n’avez pas hésité à soutenir,
financièrement du moins.


VÉNALE. Par exemple ?


FATOUMATA. Par exemple, je
trouve ignoble, moi, d’avoir soutenu un certain nombre de manipulations
politiques du côté de la banlieue qui ont mené à la situation que nous vivons
aujourd’hui. C’est tout. Pouvons-nous revenir à notre entretien ?


VÉNALE. Lesquelles ?
Quelles manipulations ?


FATOUMATA. Vous avez soutenu,
via des sociétés-écran donatrices plus que généreuses, l’accès au pouvoir de
Minose en Banlieue il y a quinze ans.


VÉNALE. Comment pouvez-vous
proférer de telles calomnies…comment pouvez-vous m’insulter ainsi, moi ?
La presse sera au courant et vous aurez à répondre de vos accusations.


FATOUMATA. Je vous attends.


VÉNALE. Au revoir, madame (On frappe à la porte).


FATOUMATA.
Entrez.


Entrent Kurumi et Axel.


KURUMI.
Bonjour, madame Lagasa.


AXEL.
Bonjour, madame la ministre.


VÉNALE.
Cela tombe bien, j’allais partir. J’ai rendez-vous avec le président tout à
l’heure. Serez-vous à la conférence de presse, madame la ministre ?


FATOUMATA.
Je ne peux pas, hélas, je dois aller en banlieue pour rencontrer Minose, mais
monsieur Axel Stone parlera à ma place et répondra à toutes les questions.


VÉNALE,
ironique. Espérons que votre
secrétaire d’État saura répondre aux questions des journalistes. Je vous
souhaite une bonne journée (Elle sort. Un temps, Fatoumata est très troublée).


FATOUMATA.
Elle est partie ?


KURUMI,
après
avoir vérifié
.
Elle est loin, madame.


FATOUMATA, explosant. Je n’en peux plus de
cette bonne femme ! Les syndicats patronaux sont pires que des
banlieusards en furie ! Ils veulent tout et pas un centime de moins !
Et pendant ce temps-là, qu’est-ce que je leur réponds, aux gens ? Ils vont
dire que je suis laxiste, que je ne protège pas la Cité ! (Elle
soupire)
Que
m’amenez-vous ?


AXEL,
s’avançant. De la presse merdique. (Il jette un
journal sur la table)
« Le Matinal » a pris parti contre nous et publie un sondage
comme quoi 65% des citoyens craignent que les émeutes arrivent jusque dans la
Cité et 70% pensent qu’on devrait agir pour les stopper en banlieue. Les
familles réparties sur Cité et banlieue subissent l’augmentation des péages
mais refusent la nationalisation sous prétexte qu’il y aurait des représailles !
(Il
jette un magazine sur la table, par-dessus le journal)
« Sciences
actuelles » a commencé une enquête qui martèle à chaque page que la Théorie
du Gène de la Violence, souvent invoquée par les scientifiques, est tout à fait
valable. Ils ont doublé leurs ventes ce mois-ci. (Il jette le dernier magazine) « Les Rues de la
Rage » titre « La Cité des peurs », ça se passe de commentaire. (Il se laisse
tomber dans un fauteuil, abattu.)
Ça fait une semaine que je reçois des appels de
gens qui se plaignent du prix du péage et du transport sécurisé, j’ai une pile
de rapports de police qui s’accumulent dans mon bureau et qui me signalent des
problèmes avec le Mur, des arrestations par dizaines, des voitures brûlées à la
frontière… Ça s’agite là-bas. Globalement, ils pensent que vous ne faites rien
pour changer la situation et, pour tout dire, le fait que vous ayez grandi en
banlieue ne rassure pas.


FATOUMATA.
Quels salauds ! Quels salauds !


KURUMI.
Madame la ministre, je vous en prie…


FATOUMATA,
excédée. Est-ce que je n’ai pas
assez d’ennuis comme ça ? La banlieue se révolte, elle crie, elle hurle,
elle brûle ! Le Mur est attaqué, la police riposte, on retrouve un cadavre
et c’est moi la responsable ? Ces gens-là qui m’accusent, ont-il essayé de
contenir la banlieue qui nous assaille ? Travaillent-ils chaque jour à la
sécurité et à la sérénité de cette cité ? M’insulter, moi qui suis leur
gardienne ! Mais que fait-on des heures que je passe nuit et jour dans ce
bureau à compter leurs plaintes, leurs misères, leurs éternels
mécontentements ? Une arrestation en ville par-ci, un cadavre en banlieue
par-là, des fouilles d’enfants, de parents et de vieillards ! Que serait
notre cité sans mes fidèles agents pour la protéger ? Que serait-elle,
cette cité ronchonne, si je la laissais mettre à sac ?


KURUMI.
Vous savez, certains parmi les plus vieux ne digèrent toujours pas le Mur…


AXEL.
Ni les mesures de sécurité.


FATOUMATA.
Parlons-en du Mur ! Danti nous a sauvés quand il l’a fait construire et ce
ministre admirable a inspiré une génération entière ! Il y a derrière ce
mur des gens violents et qui apporteraient le désordre dans la Cité si on les
laissait venir. La sûreté de notre ville ne vaut-elle pas ces quelques
sacrifices ? Ces femmes et ces hommes qu’on fait se plaindre dans les
journaux, à la télé, à la radio qu’ils ont perdu un père, un frère ou une mère
qui est restée de l’autre côté font bien leur affaire ! La banlieue est à
d’autres et ne concerne pas la Cité. Que devrais-je faire ? Qu’en
penses-tu, Kurumi ?


KURUMI.
Madame…je suis votre chef de cabinet et je n’ai pas à exprimer mon opinion.


FATOUMATA.
Kurumi, depuis combien de temps nous connaissons-nous ?


KURUMI.
Depuis trois ans, madame.


FATOUMATA.
Je t’ai rencontrée dans une soirée mondaine, tu avais l’air compétente,
efficace, en un mot : idéale. C’est moi qui suis venue te voir et qui t’ai
proposé ce travail, tu m’as répondu que tu n’étais là que parce que monsieur
Mathieu avait insisté pour t’emmener mais que tu ne pensais pas avoir la
moindre chance parce qu’il n’y a nulle part où trouver un emploi. Tu m’as
laissé ton numéro, je t’ai rappelée pour te proposer ce travail. Tu avais des
diplômes qui t’étaient inutiles, tu dépendais de ce que monsieur Mathieu te
gardât dans son lit. (Kurumi rougit) Je t’ai donné une situation et depuis trois
ans tu travailles pour moi et je n’ai jamais eu à me plaindre.


KURUMI.
Je vous serai toujours reconnaissante.


FATOUMATA.
Alors montre-le moi. Tous les deux, montrez-le moi en me disant vraiment ce que
vous pensez car vous êtes ceux que j’écoute le plus, je me méfie par-dessus
tout de ces bureaucrates qui arpentent les couloirs de ce ministère, ils sont
lâches et avides et ne pensent qu’à leur avancement. Axel, Kurumi, vous n’êtes
pas de ce genre là. Dites-moi le fond votre pensée.


AXEL.
Je vous remercie et voici ce que j’en pense. Vous avez tort de douter de
vous-même comme vous semblez le faire. Madame Vénale ne doit pas vous
inquiéter, et en aucun cas vous ralentir dans vos projets. Les citoyens vous
soutiennent et il n’est pas temps de les décevoir maintenant. Ces journalistes-là
sont comme des chiens effrayés, comme la voix du peuple qui a peur. Vous venez
de la banlieue, montrez à tout le monde que vous pouvez la calmer, n’abandonnez
pas votre projet de nationalisation. Le Mur doit être à nous, il ne doit pas
être à cette mafia obsédée par son portefeuille, avaleuse de billets et
engraisseuse de comptes bancaires. Ce sont des oligarques qui veulent exercer
leur droit de seigneurie. Refusez-les, au nom des citoyens.


KURUMI.
Mais est-ce qu’on ne peut pas arrêter les actionnaires, ou les
convaincre ?


FATOUMATA.
Ils n’ont de raison que le profit. Seuls le gain et la perte existent à leurs
yeux. La plupart n’est peut-être jamais allé à la frontière ou n’a fait que la
survoler. Je sais, moi, ce qu’il y a de l’autre côté.


KURUMI.
Et qu’y a-t-il ?


FATOUMATA.
Une pauvreté devenue misère, une frugalité devenue famine, des gens qui vivent
parfois dehors, ne sachant plus où aller et se livrent au crime et au fanatisme
dans leur indigence. Plus l’on s’éloigne de la Cité, plus ils sont isolés, nos
journalistes n’osant pas s’y aventurer ; le jeu n’en vaut pas la
chandelle, la périphérie n’intéresse pas les gens. Peut-être aujourd’hui un
affrontement y a fait des dizaines de morts et personne n’est au courant. (Un temps) Enfin, Kurumi, Axel, il est
plus que temps de se mettre au travail.


AXEL.
Tout à fait, madame, je vais préparer la conférence de presse de cet
après-midi. (Il sort. Kurumi s’apprête à faire de même)


FATOUMATA.
Attends, Kurumi. Es-tu d’accord avec ce que dit Axel ?


KURUMI.
Monsieur Stone est un homme bon.


FATOUMATA.
Mais le soutiens-tu ?


KURUMI.
Oui madame, je pense qu’il a raison. Je voulais juste savoir s’il n’y avait pas
une autre solution.


FATOUMATA.
Et penses-tu que j’ai fait les bons choix ?


KURUMI.
Vous avez bien avancé, hier, vous avez quand même fait démanteler tout un
réseau de passeurs qui exploitaient les économies des familles de banlieues, et
ce n’est pas rien ! (Un temps pendant lequel la ministre lui lance un
regard reconnaissant.)



FATOUMATA.
Peux-tu accompagner Axel à la conférence cet après-midi ? Normalement, les
journalistes ne nous poseront pas de souci mais on ne sait jamais, Axel est
très jeune.


KURUMI.
Moi aussi, je suis très jeune.


FATOUMATA.
Tu es ma voix, tu es mon attachée personnelle, ils savent que tu parles en mon
nom. Si Axel a une difficulté, pourrais-tu intervenir ?


KURUMI.
Je le ferai si besoin. (Silence)


FATOUMATA.
Je crois que le président ne me fait plus confiance.


KURUMI.
Il a les yeux rivés sur son écran de télévision. Plus on parle de quelqu’un,
plus il le déteste.


FATOUMATA.
Alors il a appris à se haïr lui-même. (Kurumi vient lui faire la bise, et
alors, sans élan excessif, Fatoumata la prend dans ses bras l’espace de
quelques secondes, et finalement lui refait la bise, comme si elle ne savait
pas vraiment de quel salut elle devait la gratifier. Sur ce, Kurumi sort de
scène.)



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MessageSujet: Re: La Cité des Peurs   Lun 22 Juin - 1:14

Scène 2


Avenue de la
Porte 68






Près d’une porte de la ville transformée en poste
frontière, un banc au centre, le long de l’avenue, il fait nuit. Une
camionnette est garée hors scène, et la lumière de ses phares vient s’ajouter
aux lampadaires qui teignent la scène d’une lueur orangée.



Entrent Blaze et Vladimir, ce dernier vient d’envoyer
violemment un clandestin dans la camionnette. Blaze est très fâchée.



VLADIMIR.
Ça fera le quatrième. Encore une fausse carte.


BLAZE.
T’étais pas obligé de le jeter.


VLADIMIR.
Tu vois comment il nous a parlé ?


BLAZE.
Tu vois comment tu l’as traité ?


VLADIMIR.
Tu vois comme il se moque de nous, avec sa comédie…


BLAZE.
Et tu ne vois pas, toi, qu’il vit une tragédie ?


VLADIMIR.
Pour eux, nous sommes des ennemis, ils veulent nous abattre.


BLAZE.
Est-ce que c’est une bonne raison pour les battre ?


VLADIMIR.
Tu m’agaces avec tes rimes !


BLAZE.
Tu vas finir à l’intérim !


VLADIMIR.
Tu comptes me dénoncer ?


BLAZE.
Sauf si tu veux renoncer.


VLADIMIR.
Mais à quoi, bordel ?


BLAZE.
A ta violence et à ton… fiel.


VLADIMIR.
Ça veut dire quoi ?


BLAZE.
Je sais pas… ça rimait. (Lourd silence)


VLADIMIR.
T’es vraiment conne. (Elle vient vite vers lui et lui donne des petits
coups, très énervée mais sans haine.)
Hé, ho ! (Il sort son taser) Soûle pas. (Il le range)


BLAZE.
Tu vois, c’est à cause de gens comme toi qu’y deviennent violents les gars, si
on les traitait mieux, ils seraient pas comme ça !


VLADIMIR.
C’est ça, t’as cru qu’on était dans un conte de fées ou quoi ? Ils
naissent comme ça, ils y peuvent rien, c’est marqué dans leur ADN, un point
c’est tout. Ils comprennent rien d’autre que la punition, ces crapauds. T’as
passé ta vie dans la Cité, toi, t’as rien vu au-delà du Mur. Là-bas, ils
veulent se faire leur petite loi. Pour eux, on est les flics des citoyens, même
si on a passé notre vie en banlieue, pour eux, c’est pareil. Une fois j’ai
croisé un gamin qui s’est démené pour me mordre et quand je l’ai immobilisé, il
m’a supplié de ne pas l’exterminer. T’entends ? Ils croient qu’on veut les
exterminer ! Qu’est-ce qu’on leur raconte à ces gamins ? Franchement,
t’as eu la belle vie, c’est pour ça que tu me fais tes petits sermons de merde
comme quoi je suis responsable de leur violence…


BLAZE.
Mais… comment tu peux croire ça, mais j’hallucine ! Ce ne sont que
quelques thèses qui parlent de gène de la violence… c’est de la démagogie, qui
va croire ça ? On est pas du tout sûr que ça existe (Vladimir rit
dans sa barbe)
… et tu as beau rire, la méfiance des gens, c’est nous qui la
subissons ! Ils se raidissent dès qu’ils voient l’uniforme, ils pressent
le pas, comme s’ils avaient quelque chose à se reprocher, comme si j’allais
leur sauter dessus pour les envoyer en taule ou les expulser en banlieue,
histoire de remplir mes ratios. Qu’est-ce que j’en ai à foutre de ces putains
de ratios ?


VLADIMIR.
C’est pas la mort, t’es régulière et puis ça passe. Regarde, là on a quatre
clandestins, on attend un petit cinquième et on rentre.


BLAZE.
Est-ce que c’est ça notre boulot ? Remplir des fiches, des stats, attraper
sa petite dose de came, chopper sa petite dose de clandestins à virer, c’est ça
être flic ? Non, non, un flic c’est pas ça. Assurer la liberté et la
sûreté des gens, c’est ça, être flic ! C’est stupide d’attraper des camés
quand on pourrait avoir des dealers ! C’est stupide de nous empiffrer de
prunes, de came, tout ça pour être payé à la feuille et faire roucouler les
supérieurs ! Je suis folle de rage quand je vois tous ces nouveaux
flicards avec leur petit tableau de rendement qui contrôlent aux boulevards et
qui gagnent leur salaire sur la bêtise des gens. Est-ce que les gens respecteront
la loi, est-ce qu’ils vont nous respecter, nous ? On est des pions !
Tu m’écoutes, Vladimir ?


VLADIMIR.
Ouais. Mais franchement, on y peut rien alors autant essayer de faire son
boulot correctement.


BLAZE.
Peut-être bien, en tout cas, j’ai un thé qui m’attend et je n’ai pas dormi de
la nuit, alors je vais prendre un peu d’avance sur la fin de service, tu veux
bien me couvrir ?


VLADIMIR.
T’inquiète, je comprends, t’es toujours super réglo, Blaze, tu peux bien te
permettre ça.


BLAZE.
T’es sympa, Vladimir. Je te revaudrai ça. (Elle sort son portable)


VLADIMIR.
Pas de souci. (Blaze sort. Vladimir reste seul.) Des fois, elle est
vraiment bizarre c’te fille. (Silence. Un des banlieusards tape dans le camion) Ta gueule. (Il insiste.)
T’as pas
entendu, je t’ai dit : « ta gueule ». (Nouveau
coup)
Tu
la fermes ! (Il sort son pistolet est tire un coup en l’air.
Silence à nouveau. Il va s’asseoir sur le banc.)
Putain, je m’ennuie
maintenant. (Il sort son portable) Plus de batterie, fait
chier…
(Il le range)
Heureusement qu’il pleut pas. Je vais me faire une petite clope. (Il prend son
paquet)
Il
m’en reste plus qu’une… (Il la met à sa bouche et l’allume avec son briquet,
tout en fumant, il se balade autour du banc, s’assoit et se lève, s’ennuyant
activement)
J’vais
peut-être voir mon père demain, ça fait longtemps. Faudra pas que j’oublie ma
carte de police pour passer le Mur. C’est cool d’être un flic pour ça. On peut
passer le Mur quand on veut… gratuitement en plus… on est des passe-murailles.
Bon, il se ramène le clandestin là ? Je peux pas en ramener quatre, il en
faut cinq sinon c’est pas régulier les stats…et puis je remplis pas mes ratios
avec quatre. Qu’est-ce qu’il caille ! Ça va pas m’aider ça… Les crapauds
vont crever avant de passer le Mur… ils pourraient mieux surveiller quand même.
Ça m’éviterait de me geler le cul sur ces bancs… chaque jour ils baissent un
peu la sécurité et on est obligés de se ramener pour arrêter les fraudeurs.
Qu’est qu’ils foutent au ministère? Qu’est-ce qu’elle fout, madame Fatoumata
Lagasa ? Les gens vont finir par gronder… (On entend un éclair) Je savais que ça allait me
tomber dessus, elle a bien fait de se barrer, Blaze. (La pluie
commence à tomber)
Et merde. Je peux même pas l’appeler. Je vais retourner au
commissariat, tant pis pour les ratios, il y en a pas un qui va s’amuser à
rentrer dans la Cité sous cette flotte… (Il va pour sortir mais voit une ombre
qui l’arrête.)
Qu’est-ce c’est ? (L’ombre court derrière le rideau, c’est celle d’un
enfant)
Hé,
c’est dangereux par là. (Le tonnerre
retentit)
Stop !
(Il
s’approche de l’extrême droite de la scène, un bout de rideau n’est pas tiré)
Il y a une brèche, j’espère
que… Ça aurait dû être réparé dans la minute. Il y a quelqu’un ? J’vais
signaler ça au ministère, c’est pas normal. (Brusquement, Vladimir recule et entre
Rhamad, un pistolet contre la tempe de Maya, une petite fille de 10 ans)



RHAMAD.
On se calme, mon poulet… tu me laisses entrer et il y aura pas de problème…


VLADIMIR.
Lâche-la, je te jure, je te toucherai en pleine poitrine.


RHAMAD.
Si tu t’approches, je la descends.


VLADIMIR.
Qu’est-ce que tu fous là ?


RHAMAD.
Ils veulent me tuer, j’ai balancé un réseau de passeurs, il y a déjà eu un de
mes potes qui s’est fait descendre juste à côté du Mur… alors vas-y mais si tu
te loupes, tu ne viendras pas te plaindre… file-moi ta carte de voiture et on
se sépare gentiment.


VLADIMIR.
Laisse partir la gamine.


RHAMAD.
Quand je démarrerai. Vas-y balance.


VLADIMIR,
à
part
. J’ai
un petit stratagème qui lui fera bien payer ce qu’il fait. (Il sort une
carte magnétique)
Prends. (Il lui envoie. Rhamad le rattrape de sa main libre. A
part.)
Quand
il insèrera cette carte dans le démarreur, il va appeler des renforts et ils
n’auront plus qu’à venir le cueillir. (Rhamad s’approche de la camionnette,
tenant toujours Maya qui suit sans jamais desserrer les lèvres, Vladimir
continue, à part)
Vas-y, petit con, on va voir si…


RHAMAD.
Ah ! (Il s’arrête brusquement)


VLADIMIR.
Quoi ?


RHAMAD.
Je ne te fais pas confiance.


VLADIMIR,
à
part
. Il
est têtu.


RHAMAD.
Tu parles dans ta barbe !


VLADIMIR.
Pourquoi ne pas monter ?


RHAMAD.
Tu me demandes ça ? T’es flic ou quoi ?


VLADIMIR.
Mais qu’est-ce que tu attends ?


RHAMAD.
J’attends d’être sûr.


VLADIMIR.
Oui mais on a déjà donné l’ordre de t’abattre là-bas et de te mettre en prison
ici. T’es foutu, mec, t’es foutu…


RHAMAD,
l’attrapant
par le col et lui collant le pistolet contre le visage.
Ah oui ? Eh bien,
je pense que tu serais pas contre une petite fouille réglementaire. Maya ?



MAYA.
Quoi ?


RHAMAD.
Monte dans la camionnette.


MAYA.
D’accord. (Elle va vers la camionnette et monte)


VLADIMIR.
Mais qu’est-ce que…


RHAMAD.
Maintenant, tu connais la procédure… déshabille-toi.


VLADIMIR.
Putain, arrête…


MAYA,
sortant
de la camionnette.
Papa, on y va ? Il y a des bruits bizarres dans le coffre du
camion.


VLADIMIR,
ahuri. Papa ?


RHAMAD,
à
Maya.

J’arrive, Maya, remonte dans le camion. (A Vladimir) Bon, on va faire vite.
Viens avec moi. (Il l’emmène. A Maya) Tu remontes, Maya. (Il sort,
entraînant Vladimir. Maya avance vers le centre de la scène)



MAYA.
Moi je reste pas là-dedans, il y a des gens qui arrêtent pas de parler dans le
coffre. J’aime pas. Tout à l’heure, j’ai été coincée dans le coffre de la
voiture de papa, il y a eu plein de voix, de cris et tout… il y avait des flics
qui voulaient la peau de papa, mais il a été super rapide et il a sauté dans sa
voiture et il a fait un burnout, après il a été trop trop vite et on s’est
cassés. Quand il m’a sortie du coffre, j’avais la tête qui tourne… (Un temps) Bon, il fait quoi,
là ? (Elle s’avance vers l’extrémité droite de la scène) Oh ! (Elle court
se mettre en avant-scène)
Il est tout nu, le flic. Comme il a pas voulu obéir à papa, il s’est
tout fait dépouiller. S’il voulait nous faire peur, c’est raté. Moi, une fois,
il y a une fliquette qu’a voulu me le faire, j’avais quand même le droit de
garder ma culotte mais elle m’a touchée partout pour voir si je cachais rien.
Mais papa est venu me sauver après avec ses copains. (Elle regarde
à droite)
Oh,
il revient, vite ! (Elle court se mettre dans la camionnette. Rhamad
revient.)



RHAMAD.
Bon, j’en ai fini avec celui-là, heureusement il a rien, je vais pas me faire
courser toute la journée. Par contre, j’ai récupéré la vraie carte. L’autre
avait essayé de me baiser. Bon, aller, direction la maison ! (Il sort par
la gauche et monte dans la camionnette. Vladimir arrive, à moitié habillé,
trempé par la pluie.)



VLADIMIR.
Non, non ! Le jour se lève, on va te retrouver ! T’inquiète pas pour
ça, je t’aurai, salaud ! (La camionnette démarre et on l’entend
s’éloigner.)

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MessageSujet: Re: La Cité des Peurs   Lun 22 Juin - 1:15

Scène 3


Chez Blaze





Blaze est assise dans son salon en robe de chambre
alors que le jour se lève, une tasse de tisane à la main, entre le sommeil et
l’éveil, elle ne parvient pas à retourner se coucher. Sa tenue de fonction
sèche, étendue dans un coin. Elle jette les yeux sur un magazine.



BLAZE,
lisant. Le démantèlement d’un des principaux groupes
de passeurs en banlieue fait des émules. Hier, le gouvernement se félicite de
l’arrestation de trois jeunes clandestins, âgés respectivement de 14, 12 et 13
ans, regrettant simplement l’émotion qu’a suscitée l’intervention en plein
cours des policiers et des chiens dépisteurs. Ils ont immédiatement été mis en
détention provisoire et on attend la décision du parquet concernant l’expulsion
prochaine de leurs familles. (Parlé) Putain, ils commencent à un âge… la petite fille de
treize ans… ça voudrait dire que dans trois ans, ma petite Maya essayerait de…
j’espère qu’elle va bien. (Elle sent une faiblesse puis se reprend) Bon, je vais aller dormir,
le commissaire veut que je sois à la conférence de presse de cet après-midi
pour maintenir l’ordre au cas où… (Elle entend la sonnerie de son appartement et
sursaute)
Qui
vient à cette heure-ci ? Le facteur ? (Elle se lève, pose sa tisane, avance
vers la porte et répond à l’interphone)
Oui ?


RHAMAD,
au
bout du fil
.
Blaze, c’est moi.


BLAZE.
Non… c’est pas possible... Rhamad, c’est toi ?


MAYA,
criant
dans l’interphone.
Maman !


BLAZE.
Maya ! Que fais-tu ici… attends, je vous ouvre ! (Elle appuie
et raccroche l’interphone)
Comment peuvent-ils être venus ici, je dois faire un rêve. C’est
simple, je rêve. Je vais me réveiller… j’ai pas dû assez boire de tisane. (Elle boit
d’un coup. On frappe à la porte.)
Est-ce… oui, ce sont bien eux. (Elle ouvre
d’un coup)



MAYA.
Maman ! (Elle lui saute au cou) Je suis contente de te
voir !


BLAZE.
Moi aussi, je suis contente de te voir, ma chérie, qu’est-ce que je suis
contente… (Rhamad fait la grimace en voyant l’uniforme qui sèche.)


MAYA.
On est arrivés, papa il a été super vite ! A un moment on était sur une
route et il y avait des bosses et il a foncé dessus et c’était un truc de
malade ! C’était trop bien ! Et il m’a même sauvé des méchants qui
voulaient m’attraper, quand il les a vus, il m’a caché et puis…


BLAZE.
Attends, je dois parler à papa.


MAYA.
Écoute, j’ai pas fini de raconter !


BLAZE.
Tout à l’heure, Maya, vas dans ma chambre, je vais venir.


MAYA.
Mais maman…papa, dis-lui…


RHAMAD.
Fais ce que dis maman, je vais venir te dire au revoir tout à l’heure.


MAYA.
Quoi, tu t’en vas, papa ?


RHAMAD.
Vas dans la chambre, je te dirai après.


MAYA.
Bon… d’accord. (Elle sort)


BLAZE.
J’espère que tu as une explication pour les « méchants ».


RHAMAD.
Écoute ils allaient me chopper avec cette histoire de passeurs, ils ont fait
des rafles, ils s’en foutaient de qui c’était : clients, passeurs ou
associations, ils ont embarqué tout le monde pour faire grossir le chiffre des
arrestations et ils ont envoyé les rapports à la Cité.


BLAZE.
Tu faisais partie du groupe ?


RHAMAD.
J’étais venu avec l’association, j’ai simplement aidé quelques-uns à payer le
passage… on a cherché les brèches, aussi.


BLAZE.
Je ne veux pas le savoir, en fait. Je suppose que tu me ramènes Maya pour que
je la garde ici. Pourquoi as-tu fait tout cela ? Tu t’es mis en danger, tu
l’as mise en danger.


RHAMAD.
Ce n’était rien par rapport à ce qu’elle risquait en restant de l’autre côté.
Il n’y a pas que les flics, il y a le FLB qui bouge en ce moment…


BLAZE.
C’est quoi ça ?


RHAMAD.
Le Front de Libération Banlieusard. Je sais, ça n’est pas très original. Ils
comptent changer les choses mais en attendant ils comptent faire des attentats
là-bas et…


BLAZE.
Tu y crois à ça ? Tu crois vraiment que ces types-là vont changer les
choses ?


RHAMAD.
La pauvreté et le mépris des plus grands apprennent mieux que quoi que ce soit
à devenir sans pitié. C’est la solution du désespoir. Qu’ils puissent changer
quelque chose ou non, les gens espèrent avoir essayé de toutes leurs forces.
J’aime ma fille plus que tout et elle ne doit pas devenir la victime de ces
gens-là, quant à moi… n’essaie pas de m’empêcher de partir.


BLAZE.
Et… pourquoi je le ferais ?


RHAMAD.
Tu t’es engagée dans un métier… je ne sais pas s’il te va bien mais tu n’as pas
hésité bien longtemps.


BLAZE.
Ne joue pas à ce jeu-là avec moi, j’ai mes raisons pour m’être engagée et je ne
voulais pas que tu voies cet uniforme. Je sais ce qu’il représente pour toi
mais ceux qui bossent de l’autre côté n’ont rien à voir avec nous.


RHAMAD.
Crois-moi, ce sont tous des porcs. (Silence)


BLAZE.
Tu veux un thé ? Tu ne dois pas tarder à repartir. Tu es venu
comment ?


RHAMAD.
Dans un camion de police, j’ai désactivé…


BLAZE.
Mais ça ne va pas ? Tu veux te faire repérer ? Ils suivent à la trace
tous nos véhicules !


RHAMAD.
Je pouvais prendre aucun risque, le jour se levait !


BLAZE.
Je vais te ramener. Oh, c’est pas vrai ! Dis au revoir à ta fille. Je suis
pas prête de dormir !


RHAMAD.
Maya ! (La petite fille court le rejoindre)


MAYA.
Oui ? (Elle amène une petite console dans sa main et reste malgré tout
attentive à sa partie)



RHAMAD.
Je dois m’en aller.


MAYA,
sans
lever la tête
.
Mais tu reviens quand ?


RHAMAD.
Peut-être dans longtemps.


MAYA,
levant
la tête
.
Mais c’est quand, ça ?


RHAMAD.
Je ne sais pas, ma grande. (Il la prend dans ses bras)


MAYA.
Papa, tu t’inquiètes ?


RHAMAD.
Non, mon trésor. Papa ne s’inquiète jamais.


MAYA.
Alors tu vas revenir ?


RHAMAD.
Oui. Oui, je vais revenir. (Il relâche son étreinte)


MAYA,
alors
qu’il s’éloigne
. Je t’aime, papa.


RHAMAD.
Moi aussi, Maya.


BLAZE,
à
sa fille
.
Sois sage d’accord ? Ne bouge pas de la chambre, n’ouvre pas si quelqu’un
sonne et surtout ne décroche pas le téléphone. C’est bien clair ?


MAYA. Non,
s’il te plaît, je veux accompagner papa ! S’il te plaît ! Je vais
plus le revoir !


BLAZE.
Non, Maya, tu lui as déjà dit au revoir.


MAYA.
Maman, s’il te plaît ! (Elle se jette dans les bras de son père)


RHAMAD.
Elle peut, juste pour cette fois, non ?


BLAZE,
résignée. C’est une très mauvaise
idée. (A
Maya)
Écoute-moi
bien, tu devras rester dans la voiture pendant mon absence, je dois aller voir
mon chef juste après. Tu me promets ?


MAYA,
un
peu déçue
.
Oui, maman. Mais je peux me débrouiller toute seule tu sais.


BLAZE.
Tu m’as promis !


MAYA.
Oui, maman.


BLAZE.
Alors on y va. (Blaze met son manteau et son écharpe puis ouvre la
porte et Rhamad la suit avec Maya.)

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MessageSujet: Re: La Cité des Peurs   Lun 22 Juin - 1:16

Scène
4



Une salle de
détente au centre des congrès






Une petite salle de repos : des distributeurs au
mur, des canapés, chaises et de l’espace qui donne l’impression que la pièce
respire. Entre Lei, journaliste « branchée », elle a le regard
investigateur et l’aspect professionnel, très sûre de ses principes, elle ne
lâche jamais avant d’avoir obtenu une réponse. Entre ensuite son caméraman, sa
grosse caméra sur l’épaule, personnage muet.






LEI.
Quelle bande de crasseux ! Tu as vu ça, Tim ? Tous à faire des
courbettes avant l’heure, à se féliciter entre eux de la belle publicité qu’ils
font au pouvoir : pas un seul dissident, pas une pointe d’audace, rien !
Ce sont des moutons qui vont recevoir leur petit bout de pâturage à brouter.
Qu’est-ce que tu en penses ? Oui, je sais, nous sommes en période
d’ « union nationale » mais ce n’est pas une raison… nous devons
faire respecter le droit à l’information. Arrête, tu me fais rougir… je ne suis
pas une héroïne, je demande à ce que notre liberté soit respectée. Tu vois, la
ministre de la Sécurité n’est même pas venue en personne et on n’a même pas
annulé la conférence de presse, c’est un jeune qui va nous répondre à la
place ! Dans quelle société est-ce qu’on vit ? On se le
demande ! (Pendant qu’elle parle, elle prend deux cafés et un
paquet de gâteaux et ramène le tout à la table puis ils boivent pendant que
Blaze parle.)



Entre Blaze, essoufflée, fatiguée. Elle n’a plus son
écharpe.



BLAZE,
à
part
. Il
m’a fait une de ces frayeurs. Complètement inconscient… Non seulement son
camion était un fourgon de police mais en plus il était plein de clandestins.
Ils auraient pu parler. Heureusement il m’a indiqué un endroit où il y avait
une brèche dans le Mur. J’ai discuté avec le policier qui la gardait et les
banlieusards ont pu passer… J’ai dû dire au central que le fourgon avait été
abandonné devant chez moi… je m’en veux, je m’en veux. Mais je fais tout ça
pour Maya. (Haut) Il faut que j’aille voir le commissaire dans la salle pour la
sécurité. (Lei se retourne)


LEI.
Excusez-moi, madame, vous êtes de la police ?


BLAZE.
Oui, c’est exact.


LEI.
Votre travail est très dur en ce moment, êtes-vous au courant de cette fuite de
clandestins d’un fourgon de police ? On pense qu’ils sont passés par une
brèche dans le Mur. Mon journal m’a appelée il y a dix minutes pour me le dire.



BLAZE,
stressée. Non, je ne vois pas de
quoi vous voulez parler…


LEI.
Le fourgon a été laissé à proximité du logement d’une fonctionnaire
ce matin, ils fouillent le quartier en ce moment.


BLAZE,
à
part
.
Comme j’ai bien fait de garder Maya ! (Haut) Écoutez, je ne sais
pas, j’ai travaillé toute la nuit et j’ai dormi ce matin alors… je dois me
rendre à la salle, si vous voulez bien…


LEI.
Je vous en prie. (Blaze sort) Quand ce ne sont pas les politiques véreux, ce sont
les policiers pressés…


Entre Kurumi, elle va prendre un café à la machine et
commence à sortir une pièce. Le caméraman dévore les gâteaux sous le regard
impressionné de Lei. Cette dernière, se retournant, voit Kurumi.



LEI.
C’est pas vrai… Kurumi ! (L’intéressée se retourne)


KURUMI.
Lei ?


LEI.
Oui, c’est moi. (Elle vient doucement vers elle, il y a une forte gêne
réciproque.)
Qu’est-ce
tu deviens ?


KURUMI.
Je suis cheftaine de cabinet au ministère de la Sécurité. J’ai un boulot de
dingue : je m’occupe de l’agenda de la ministre, de son courrier, de ses
déplacements… là j’ai dû organiser en catastrophe la rencontre de madame Lagasa
et du chef du conseil provisoire de la banlieue.


LEI.
Ah oui, en effet… Bah tu vois, moi, je suis journaliste. Je viens d’avoir ma
carte de presse. Et je te présente Tim, mon caméraman. (Il fait un
signe de tête et Kurumi va lui faire la bise puis se retourne vers Lei)



KURUMI.
Tu bosses pour la télé ?


LEI.
Je fais les deux, ça fait un moment que mon journal a été racheté par une
chaîne de télé, sinon c’était la faillite. Alors du coup le service presse
écrite et le service télé collaborent. Ils m’ont choisie parce qu’ils avaient
besoin de jeunesse à l’écran… mais je trouve ça idiot de choisir la journaliste
par rapport au fait qu’elle fasse fantasmer l’audimat ou pas, si tu vois ce que
je veux dire…


KURUMI.
Oui, en politique c’est pareil, il faut que tu sois belle sinon ça ne passe
pas. Moi, je m’en fiche, je n’apparais jamais à la télévision mais la ministre
est obligée d’être glamour.


LEI.
Et je suppose que tu connais le garçon qui va s’exprimer tout à l’heure.


KURUMI.
Axel ? Oui, bien sûr ! Il est vraiment bon, enfin, je veux dire… il a
du talent, pas encore beaucoup d’expérience, il doit avoir moins de trente ans
mais il est très doué. Et, pour le coup, il va très bien passer à la télé…


LEI.
Tu veux dire qu’il est bien, physiquement ?


KURUMI.
C’est pas un dieu mais tout de même, une femme ne cracherait pas dessus.


LEI.
Marié, j’imagine ?


KURUMI.
Même pas. (On entend une voix au micro dans la salle voisine)


LEI.
C’est le pot pour les journalistes, je n’ai pas vraiment envie de rejoindre ces
rampants, mais je n’ai pas le choix… ah, juste, tu peux me laisser ton
mail ?


KURUMI,
un
peu hésitante
.
Si tu veux, attends, j’ai une carte…c’est mon mail professionnel. (Elle lui
donne sa carte. Pendant ce temps, Tim se lève, repu)



LEI.
Bon, à partir de maintenant, je ne ménagerai pas ton Axel Stone, j’ai des
questions à lui poser.


KURUMI.
Très bien. (Lei et le caméraman sortent)


Entre Axel, visiblement inquiet. Il passe la main dans
ses cheveux et soupire, épuisé.



KURUMI,
radieuse. Bonsoir, monsieur Stone,
la ministre m’a demandé de vous assister pour votre intervention.


AXEL.
Bonsoir. Mademoiselle Resubian, quand vous déciderez-vous à faire comme tout le
monde en m’appelant Axel ?


KURUMI.
Quand j’aurai perdu tout respect pour vous, monsieur, ce qui n’est pas près
d’arriver.


AXEL.
Si je reste dans cet état pendant la conférence, je crains que si…


KURUMI.
Vous allez vous rétablir, madame la ministre a confiance en vous, vous avez
fait du bon travail jusqu’à présent. Je suis tout à fait d’accord avec vous sur
les actionnaires du Mur. Il ne faut pas nous laisser faire. Ne vous laissez pas
troubler par les journalistes, vous n’avez rien à vous reprocher. Vous voulez
un café ?


AXEL.
Je veux bien, merci. (Kurumi le prépare) Je crois que je deviens trop vieux pour
cette vie, j’ai 25 ans, célibataire sans famille, je crois que ça commence à me
peser sur les nerfs.


KURUMI.
Non, vraiment, ce n’est pas vrai, monsieur. J’ai 24 ans et je suis toujours
restée célibataire, on vit très bien, on a même plus de temps. Notre famille,
c’est la Cité. (Elle sourit) Je vous laisse, vous avez tout mon soutien. Si vous
avez un problème tout à l’heure, je serai là. (Elle sort. Axel soupire de nouveau
devant tant d’enthousiasme face au travail et demeure pensif. Il s’installe sur
un canapé et boit son café. Entre Maya, tout doucement, par la même porte
qu’est entrée sa mère, roulée en boule dans sa main se trouve l’écharpe de
Blaze.)



MAYA.
Bonjour monsieur.


AXEL.
Bonjour. Qu’est-ce que tu fais là ?


MAYA.
Je ne peux pas vous le dire. C’est un secret.


AXEL.
Un secret. Je ne le répéterai pas, tu sais.


MAYA.
Oui mais si jamais je te le dis à toi, tu vas le répéter à quelqu’un qui va te
jurer de ne pas le répéter et à la fin tout le monde saura.


AXEL.
Alors en effet, il vaut mieux que tu ne me le dises pas.


MAYA.
Et toi, pourquoi tu es là ?


AXEL.
Je l’ignore. Je ne devrais pas être ici.


MAYA.
Pourquoi ?


AXEL.
Ils ne veulent pas de moi ici.


MAYA.
Qui ça ?


AXEL,
après
un rire
.
Les patrons, ceux qui décident.


MAYA.
Et tu peux pas leur dire d’aller se faire voir aux patrons ?


AXEL.
Non, sinon ils me chasseraient.


MAYA.
Eh bah tu vois, ce que tu fais, c’est que tu leur dis : allez vous faire
voir et après tu t’en vas ailleurs, comme ça tu te feras pas chasser et eux ils
seront bien embêtés parce que tu seras parti et que tu leur obéiras plus.


AXEL.
Ils s’en moquent, il y en aura toujours plein d’autres pour les servir.


MAYA.
Alors il faut que vous partiez tous en même temps !


AXEL.
On ne pourrait pas. Les gens adorent les servir.


MAYA.
Pourquoi ?


AXEL.
Justement, parce qu’ils détestent poser cette question : pourquoi. Ils
sont incapables d’imaginer autre chose, ils croient que ce sera toujours comme
ça et qu’ils n’y peuvent rien. Les patrons ont de grandes maisons et ils
possèdent tout, alors que les gens ne possèdent rien.


MAYA.
Moi j’aimerais pas avoir une grande maison, parce que je saurais jamais quoi
faire au bout d’un moment. Je préférerais un grand jardin, qui change tous les
jours. Il y aurait des oiseaux qui pondraient des œufs et des fleurs qu’il
faudrait arroser, et puis quand j’aurais un beau jardin, eh bah il y aura des
tas de gens qui viendront le visiter et ils me donneront plein d’argent parce
qu’ils adoreront mon jardin.


AXEL.
Tu dois être malheureuse en ville, non ?


MAYA.
J’ai que des jeux vidéo. C’est bien, mais ça dure pas longtemps… (Axel
aperçoit l’écharpe)



AXEL.
Qu’est-ce que tu caches ?


MAYA.
Euh rien….


AXEL.
Il faut bien que ce soit quelque chose.


MAYA,
toute
honteuse
.
Enfin… c’est l’écharpe de ma maman.


AXEL.
Et où est-elle ta maman ?


MAYA.
Secret. (Axel lui lance un regard sévère)
Je
rigole, elle est à l’intérieur, elle est occupée. Bon, il faut que j’y aille
moi.


AXEL.
J’y pense, moi aussi.


MAYA.
Au revoir, monsieur ! (Elle sort et
oublie son écharpe.)



AXEL,
seul. Attends ! Tu as
oublié ton écharpe ! Bon, d’accord… (Il met l’écharpe dans la poche de son
manteau et sort.)

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MessageSujet: Re: La Cité des Peurs   Lun 22 Juin - 1:16

Scène 5


La grande
salle du Centre des congrès






Une table fait face au public avec des chaises bien
alignées et un micro. Les journalistes sont symbolisés par le public. Lei est
assise dans le public, si possible au premier rang. On entend la voix des
journalistes qui se félicitent entre eux. La lumière se fait lorsque Axel entre
sur scène avec Kurumi.



AXEL.
Mesdames et messieurs les journalistes, je vous souhaite à tous et à toutes le
bonsoir. J’espère que vous avez profité du pot de bienvenue à votre intention.
Si je suis venu vous parler aujourd’hui, c’est parce que nous vivons une crise,
une crise très grave, qui risque de durer entre la Banlieue et la Cité. Pour en
sortir, la Cité devra se battre, – mais pas se battre contre la banlieue !
– se battre contre elle-même, contre ses spéculations, ses avarices, ses
plaies. Certains ont fait monter les prix des pans du Mur de manière honteuse
et aujourd’hui, c’est l’ensemble des citoyens qui en paie le prix. Aujourd’hui,
ces citoyens attendent autre chose, ils attendent un message de soutien. Ils
veulent se sentir en sécurité, pouvoir sortir dans la rue sans craindre le
premier visage hostile qu’ils croisent. Nous avons prévu un plan pour remédier
à cette situation extraordinaire. Il est en trois temps : pacification de
la banlieue par le dialogue et la négociation, on n’en sortira pas si on ne
discute pas avec Minose, le chef du Front de Libération Banlieusard. Deuxième
temps : contrôle de l’Etat strict et obligatoire de chaque pan du Mur
matin et soir par les agents de la police citoyenne et exclusion systématique
des clandestins. Enfin, dernier temps, et je m’avance peut-être un peu, mais
madame Lagasa l’a reconnu nécessaire : l’entrée massive dans le capital du
Mur qui conduira à terme, je l’espère, à une nationalisation. (Applaudissements.
Lei lève la main, Axel lui fait signe)



LEI.
Monsieur Stone, pouvez-nous nous expliquer comment il est possible de mobiliser
une telle force de police alors que les effectifs sont insuffisants et que des
suppressions de postes sont encore prévues pour l’année prochaine ? Est-ce
cette société-là que nous voulons ? (Murmures réprobateurs dans l’assemblée)


AXEL.
Le travail des policiers devient de plus en plus dur, c’est vrai. Ils subissent
une situation anormale et cette situation est encore amplifiée par l’état des
finances de la Cité. Nous inciterons les policiers à faire des heures
supplémentaires et proposerons la rémunération qui va avec. La sécurité a un
prix et nous sommes prêts à le payer ! (Applaudissements)


AXEL.
Y a-t-il une autre question ? (Voyant une main se lever timidement) Oui ?


UNE
JOURNALISTE. Je pense que notre travail n’est pas de repenser la société, je
dis cela en réponse à mademoiselle, mais de la décrire telle qu’elle est.
Pourquoi a-t-on des hommes politiques sinon ? Nous sommes là pour
informer, non pour dramatiser. C’était ce que je voulais dire parce que j’ai
été assez choquée par les dires de ma collègue.


LEI.
Permettez-moi, monsieur Stone…


AXEL.
Je vous en prie.


LEI,
à la journaliste. En agissant ainsi, je vous le dis comme je le pense,
vous ne ferez jamais que de la propagande gouvernementale. Le journaliste est
le deuxième penseur de la société, après le citoyen ! Le politique n'est
que le troisième ! Informer, c’est critiquer. Et ceux qui prétendent ne jamais
critiquer ne sont que de vulgaires outils de communication ! (Mouvement
d’indignation dans la salle, brouhaha. Axel baisse la tête et recule un peu
vers Kurumi, excédé. Débandade.)









Scène 6


Chez Blaze,
dans la chambre de Maya






(Dans la chambre de Blaze,
Maya a un petit matelas aménagé : un dessus de lit, une couverture, un
oreiller, une veilleuse, sa console de jeux et quelques livres d'enfant.
Lorsque la lumière se fait, Maya est allongée sur son matelas et écoute une
histoire racontée par sa mère.)



BLAZE, racontant.
« Et il vola dans l'eau, où il nagea vers les superbes cygnes, qui
l'aperçurent et accoururent à lui à grands coups d'ailes.
- Tuez-moi si vous voulez ! dit le pauvre animal.
Et il pencha la tête sur la surface de l'eau, attendant la mort... mais que
vit-il dans l'eau claire ? Il vit sous lui sa propre image, mais qui n’était
plus celle d'un oiseau gris tout gauche, laid et vilain. Il était lui-même un
cygne.
Peu importe qu'on soit né dans la cour des canards, si l'on est sorti d'un œuf
de cygne. Il était enchanté de toute la misère et des tracas qu'il avait subis
; il apprécia d'autant mieux son bonheur, et la splendeur qui l'accueillait. Et
les grands cygnes nageaient autour de lui et le caressaient avec leurs becs.


Des petits enfants arrivèrent
dans le jardin, jetèrent du pain et du grain dans l'eau, et le plus jeune
s'écria :
- Il y en a un nouveau ?
Et les autres enfants étaient ravis :
- Oui, il y en a un nouveau !
Et ils battirent des mains et dansèrent en rond, coururent chercher leur père
et leur mère, on jeta dans l'eau du pain et de la galette, et tout le monde dit
:
- Le nouveau est le plus beau ! Si jeune et si joli !
Et les vieux cygnes le saluèrent.
Il était tout confus, et se cacha la tête sous son aile, il ne savait plus où
il en était ! Il était trop heureux, mais nullement orgueilleux. Il songeait
combien il avait été honni et pourchassé, maintenant il entendait dire qu'il
était le plus charmant des charmants oiseaux ! Et les lilas inclinaient leurs
branches sur l'eau jusqu'à lui, et le soleil brillait et réchauffait, alors ses
plumes se gonflèrent, son cou mince se dressa, et, ravi dans son cœur, il cria
:
- Jamais je n'ai rêvé d'un tel bonheur quand j'étais le vilain petit
canard. » (Un temps)


MAYA. Mais il retrouve jamais
sa maman, le petit canard ?


BLAZE. Il retrouve les autres
cygnes, c'est ce qui compte.


MAYA. Mais si sa maman, elle
est pas là ?


BLAZE. Alors un autre cygne
pourra l'adopter.


MAYA. Mais pourquoi les
canards ils sont tous méchants avec les bébés cygnes ?


BLAZE. Parce qu'ils croient
qu'il est différent et ça leur fait peur.


MAYA. Mais c'est qui les
meilleurs alors ? Les cygnes ou les canards ?


BLAZE. Ce sont les cygnes,
parce que ce sont les plus sages et les plus gentils. Allez, il faut te coucher
maintenant.


MAYA, mettant sa
couverture sur elle
. Et ça ferait quoi s'il y avait un œuf de canard dans
le nid des cygnes ?


BLAZE. Ils l'aideraient à
retrouver sa famille. (Elle éteint) C'est l'heure de dormir maintenant.
Je ne peux pas rester, Maya, je suis obligée d'aller travailler cette nuit.
Sois sage et n'oublie pas tout ce que je t'ai dit. Je vais te retrouver une
écharpe. (Elle lui fait un bisou)


MAYA. Reviens vite.


BLAZE. Dors, tu vas être
fatiguée. (Elle la borde) Bonne nuit, Maya.


MAYA. Bonne nuit, maman. (Blaze
sort. Maya se lève discrètement et va prendre une chaussure dans le placard de
sa mère puis sort son mini-portable.)
C’est mon téléphone, il n’y a que le
numéro de papa dessus. (Elle le pose dans la chaussure et sort un porte-clé
à l’effigie d’un personnage de dessin animé. Elle imite le personnage.)
Bonjour,
l’ordinateur géant, je suis tout seul ici dans cette chaussure, tu as quelque
chose à me dire ? (Imitant une voix informatique) – Système non
disponible. (Elle appuie sur les touches du portable et lance une musique
quelconque)
– Tu fais trop de bruit, ordinateur, je vais m’en aller
sinon ! Attention, tu sais que je peux te débrancher, tu n’es qu’un tas de
ferraille, je suis un homme, moi ! – Ah, ah, ah ! Il est trop tard,
je suis le maître à présent et c’est toi qui vas travailler pour moi ! –
Non ! (Elle envoie le personnage sur le portable et mime une
électrisation, puis elle propulse le personnage en l’accompagnant à l’autre
bout de la scène)
Oh, la, la – Ha, ha, ha, ha ! (Alors qu’elle mime
le rire triomphal de la machine, le téléphone sonne.)
Quoi ? (Elle
répond)
Allô ?


RHAMAD, au téléphone. Oui,
c’est papa.


MAYA. Bonjour papa. Tu vas
bien ?


RHAMAD. Oui, et toi ma
grande ?


MAYA. Bah ça va, j’ai joué à
la console et maman m’a raconté une histoire…


RHAMAD. Elle vient de sortir,
non ?


MAYA. Oui, elle va faire son
travail.


RHAMAD. Tu veux que je vienne
te voir ?


MAYA. Oh oui !


RHAMAD. Alors ouvre la porte,
je suis juste devant. (Maya se précipite hors scène pour aller ouvrir à son
père. Elle se jette dans ses bras et ils entrent tous deux en scène, Rhamad
portant sa fille.)



MAYA. Tu m’as manqué, papa. (Il
la repose et lui montre un paquet)
C’est un cadeau pour moi ? (Elle
l’ouvre, il s’agit d’un coffret de figurines qui vient compléter celle qu’elle
avait. Derrière la boîte se trouve une petite robe à fleurs soigneusement pliée
en quatre.)



RHAMAD. Je voulais que tu
aies quelque chose de joli à te mettre pour ici.


MAYA. Bah merci… (Elle
vient lui embrasser les deux joues)
Tu joues ?


RHAMAD. Allons-y !


MAYA. Tu prends les méchants
et moi je prends les gentils !


RHAMAD. Si tu me mets déjà le
mauvais rôle…


MAYA. Oui mais les méchants,
bah des fois ils deviennent gentils parce que personne n’a envie d’être
méchant.


RHAMAD. Je ne crois pas,
Maya…


MAYA. Tu fais lui, il déteste
le mien.


RHAMAD. Et que se passe t-il
dans cette chaussure ?


MAYA. Le grand ordinateur est
devenu fou et il peut faire tout ce qu’il veut. Il faut le débrancher sans se
faire foudroyer !


RHAMAD. C’est facile, je
coupe le courant !


MAYA. Non, sinon il se
détruirait !


RHAMAD. Et alors, c’est pas
le but ?


MAYA. C’est l’ordinateur qui
contrôle tout, s’il se détruisait, toute la ville exploserait ! Il faut
trouver un autre moyen !


RHAMAD. Trouve, c’est toi la
gentille ! Moi, je vais mettre un virus sur l’ordinateur, comme ça, je
pourrais avoir le pouvoir sur la ville et faire ce que je veux !


MAYA. Non, il faut l’en
empêcher ! (Son personnage s’adresse aux autres figurines) Vite,
allons-y ensemble ! (Elle fait trembler de peur les figurines) Vous
ne voulez pas ? Il va tous nous tuer ! – On ne peut rien faire, c’est
l’ordinateur qui décide ! – Connectez-vous ensemble, prenez possession de
son virus, ne vous laissez pas faire !


RHAMAD. Je suis bientôt le
maître du monde !


MAYA. Je vais
t’affronter !


RHAMAD. Tu ne peux rien face
à ma puissance, j’ai le système avec moi !


MAYA. Et s’il
redémarrait ?


RHAMAD. Tu ne peux pas faire
ça !


MAYA. Mes amis,
connectez-vous !


RHAMAD. Quoi ? (Son
téléphone sonne et il doit interrompre le jeu pour répondre)
Allô ?


MAYA. Pfff… on allait le
battre…


MINOSE, à l’appareil. Bonsoir,
monsieur Amal.


RHAMAD. Seriez-vous… le
président du Front de Libération Banlieusarde ?


MINOSE. C’est moi. (Maya
continue de jouer sans trop faire de bruit)
Tu as bien reçu mes cadeaux de
bienvenue à ce qu’on m’a dit ?


RHAMAD. Oui, les jouets et la
robe…


MINOSE. Maintenant que ta
fille est gâtée et en sécurité, es-tu disposé à m’écouter ?


RHAMAD. Que
voulez-vous ?


MINOSE. On a lancé une
recherche hier matin qui visait à appréhender un clandestin et sa petite fille,
et on a fouillé des appartements. Je me trompe ? (Rhamad, troublé, ne
répond pas)
Admets-le, Rhamad, tu n’es plus en sécurité dans la Cité et tu
ne l’es plus dans la banlieue, après ta dénonciation fracassante des passeurs…


RHAMAD. Que voulez-vous de
moi ?


MINOSE. Je voudrais que tu me
rejoignes et que pour prouver ta fidélité, tu assistes au meeting que tiendra
la ministre Fatoumata Lagasa demain soir. Elle est extrêmement dangereuse pour
nous, il faut l’affaiblir, tu comprends ?


RHAMAD. Qu’est-ce que je peux
faire ?


MINOSE. Surprends-moi. A
bientôt. (Il raccroche. Rhamad range son téléphone, l’air accablé.)


MAYA. Papa, tu reviens ?


RHAMAD. Je dois partir, ma
chérie.


MAYA. Mais tu vas revenir
demain soir ?


RHAMAD. Non.


MAYA. Quand alors ?


RHAMAD. Je ne sais pas.


MAYA. Tu m’aimes ?


RHAMAD. Oui, je t’aime Maya. Tu
es en sécurité, ici, promets-moi de bien écouter ta mère.


MAYA. Je te promets, papa. (Il
la prend dans ses bras, l’embrasse, puis la repose et sort.)

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